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Les charleries

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Ce blogue contient des souvenirs, des anecdotes, des opinions, de la fiction, des bribes d’histoire, des récréations et des documents d’archives.

Charles-É. Jean

Faits anciens

# 5805             18 février 2021

Escapade d’un père de famille

Dans son édition du 29 octobre 1841, le journal Le Canadien, sous le titre Effet des romans, raconte l’histoire d’un homme respectable qui aurait été fortement influencé par ses lectures. Voici ce texte :

 

« Il y a déjà longtemps que nous prêchons contre la lecture de ces livres plus propres à égarer qu’à instruire une belle âme ; aujourd’hui une funeste expérience de ces sortes de lectures vient de jeter toute une maison dans la consternation et la misère.

 

Un brave et intelligent huissier de cette ville, père d’une respectable famille dont il faisait l’unique soutien, vient tout-à-coup de se décider à abandonner sa femme et à délaisser ses enfants, sans qu’on puisse imaginer d’autre motif que ceux d’une imagination fortement allumée par la lecture de quelques romans extravagants pour lesquels il se montrait passionné.

 

La chose est d’autant plus extraordinaire pour les voisins et amis du pauvre malheureux que la douceur de ses mœurs avait contribué à le placer dans le sein du plus heureux des ménages. On commença à s’apercevoir de ses préoccupations dès jeudi dernier. Il entra à plusieurs reprises dans l’office d’un avocat de la rue Saint-Vincent où il écrivit en se donnant tous les soins du monde pour ne laisser rien découvrir de son projet. Le résultat fut une lettre des plus touchantes, adressée à sa femme, dans laquelle il lui déclare son projet de la quitter pour jamais, en lui donnant, entr’autres conseils, ceux d’élever chrétiennement leurs enfants, en lui assurant que tout ce qu’il pourra gagner sera pour le soutien de sa famille.

 

Jeudi, dans la nuit, sa femme le vit se lever et se remettre à écrire le papier qu’eIle trouva le lendemain accidentellement en faisant d’autres perquisitions ; c’était la lettre à laquelle il venait d’ajouter encore. De bonne heure, le matin du vendredi, il embrassa sa femme et ses enfants, et les serra tendrement sur son cœur, puis vêtu de ses plus vieux habits, il les quitta tous en leur promettant d’être de retour le lendemain midi auquel temps il n’est point reparu.

 

Il recommandait aussi dans sa lettre de remettre à une personne, dont il les avait achetés, des vêtements et chaussures dont il n’avait pu acquitter Ie prix. On ne sait trop à quoi attribuer cet accès subit de folie dont les conséquences sont si sérieuses pour la famille éplorée qui en est la victime. Cet homme irréprochable jusque-là laisse quatre enfants et une femme respectable dans la misère, à l’entrée d’un hiver rigoureux, et sans autres ressources que celles par trop idéales de la lettre romanesque.

 

Comme nous comptons sur les sympathies des bonnes âmes et que la connaissance de cette famille peut d’ailleurs intéresser le public à lui ramener son chef partout où on le trouvera, ce motif nous fera donner le nom du pauvre fugitif, avec un signalement assez exact. Son nom est Emilian McKay, huissier de profession ; sa taille est moyenne et son apparence respectable, et même au-dessus de son état. Il a les cheveux et les favoris blonds, les yeux bleus, le teint blanc et assez animé.

 

Comme le manteau dont il est affublé est très usé, et que le râpé de ses habits pourrait le déguiser un peu, nous prions au nom d’une famille désespérée, toutes les personnes bienveillantes et sensibles à une pareille infortune qui le reconnaîtraient, de prendre des mesures pour le ramener à Montréal. Vu qu'il est connu par tout le district, nous espérons qu’on s’empressera d’accomplir ce devoir d’humanité. »

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# 5775             30 janvier 2021

Trois bœufs en photo

Dans son édition du 14 juin 1888, l’Électeur, journal de Québec, raconte l’histoire de trois bœufs qui voulaient se faire photographier.

 

« Hier après-midi, il s’est produit sur la rue St-Joseph, un incident comique qui a été le sujet d’une grande hilarité. Un cultivateur, conduisant trois gros bœufs, passait sur la rue St-Joseph pour se rendre au Palais. Armé d’un énorme gourdin, il gesticulait et criait, conduisant de son mieux les trois animaux.

 

En face de l’atelier de photographie de M. Coulombe et frère, il y avait un embarras de voitures, et les trois bœufs, voyant qu’ils ne pouvaient passer et peut-être aussi craignant le bâton de leur maître, ne crurent rien de mieux à faire que de franchir le seuil de l’atelier.

 

Un escalier se présente. Deux d’entre eux, effrayés par les cris du cultivateur, l’escaladent en quelques enjambées, et les voilà tout-à-coup au second étage, dans l’atelier de photographie. On peut juger de l'ahurissement des artistes, tout surpris de voir en leur présence des sujets d’un nouveau genre.

 

Le premier moment de surprise passé, on rit de la farce et l’on fit descendre les pauvres animaux qui n’étaient pas les moins surpris : ce qui ne fut pas très facile, attendu la mauvaise volonté des deux bœufs qui, paraît-il, ne voulaient pas déguerpir sans se faire photographier. »

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# 5740             9 janvier 2021

Deux vols au 19e siècle

Dans son édition du 15 mai 1822, le journal Le Canadien raconte le déroulement de deux vols :

 

Un premier vol 

« Un vol curieux a été commis la semaine dernière au Cap-Rouge. Des voleurs sont entrés dans un hangar appartenant à M. Paradis, cultivateur de l’endroit, et en ont pris plus de 200 livres de lard ; puis ils ont été à l’écurie, ont attelé le cheval à la carriole, ont mis le lard dedans et l’ont emmené.

 

M. Paradis ayant trouvé le matin que son cheval et son lard manquaient, prit la route de la ville pour tâcher d’en obtenir des nouvelles. Il ne fut pas allé bien loin qu’il rencontra le cheval qui revenait d’un pas lent avec la carriole, mais point de lard. »

 

Un deuxième vol

« Un pauvre homme qui était venu de la Malbaie avec du hareng pour le vendre, ayant mis le produit de ses ventes, qui montait à 60 piastres dans un coffre à bord de sa chaloupe au débarquement, on lui a volé son argent et tout ce qu’il y avait dans le coffre.

 

Le voleur a été assez imprudent pour échanger son vieux bonnet contre un chapeau neuf, et on espère le découvrir par ce moyen. »

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# 5710             21 décembre 2020

Voyage de John Lambert en Canada

Dans son édition du 3 janvier 1818, le journal L’Aurore publie des extraits d’un texte du Britannique John Lambert. Ce dernier évoque ses perceptions du canadien-français.

 

« Les hommes ont naturellement beaucoup d’esprit et de bon sens ; mais ils ne cultivent presque jamais ni l‘un ni l‘autre, les écoles étant très rares en Canada. Les femmes sont généralement plus éclairées ou du moins plus instruites, le clergé ayant plus fait pour leur instruction que pour celle des hommes.

 

On se plaint depuis longtemps dans les papiers publics de ce défaut presque général d’éducation parmi la masse du peuple. Mai il y a tout lieu de douter que la diffusion des connaissances et de l'instruction parmi eux, améliorât leur état, ou rendit le pays plus florissant !

 

Ils ne peuvent parvenir à s’instruire que difficilement ; mais cette difficulté vient en grande partie de leur extrême économie, car s‘ils voulaient mettre à part une somme suffisante pour faire instruire leurs enfants, il se présenterait des maîtres, et il s‘ouvrirait des écoles autant qu‘il serait nécessaire.

 

Les paysans anglais et américains dans les townships apprennent à leurs enfants les premiers éléments de l‘éducation ; mais les Canadiens, n‘ayant aucune sorte d'instruction, sont incapables de faire l‘office de maîtres dans leurs familles et ils propagent ainsi d‘âge en âge l’ignorance de leurs ancêtres.

 

Les Français du Canada sont très civils les uns à l'égard des autres, et se saluent l‘un l‘autre, lorsqu’ils se rencontrent dans la rue. En voyant deux charretiers ou deux paysans le chapeau à la main, inclinant l‘un vers l‘autre, je me peignais à l‘imagination l‘effet curieux qu‘une pareille scène entre deux hommes du même état aurait dans les rues de Londres. J'ai vu quelquefois les hommes se baiser sur la joue : mais cet usage n‘est pas général. Ils sont extrêmement civils et polis envers les étrangers, et ôtent leur chapeau à tous ceux qu’ils rencontrent dans le chemin. Ils se querellent rarement, à moins qu‘ils ne soient ivres ; autrement ils sont de belle humeur, paisibles et officieux. On aperçoit dit-on peu de rusticité dans les manières des habitants (paysans). (…)

 

Avant la conquête du pays par les Anglais, on y parlait, dit-on, la langue française aussi correctement qu’en France même : depuis cette époque, ils ont introduit dans leur langage plusieurs anglicismes, et ils se servent de plusieurs tournures de phrases qu’ils tiennent probablement de leurs liaisons avec les nouveaux colons. Pour froid, ils prononcent fret ; pour ici, ils prononcent icitte ; au lieu de dire prêt, ils disent paré ; ils se servent en outre de plusieurs mots surannés que je n’ai pas présents à la mémoire. Ils corrompent encore la langue en prononçant la consonne finale dans bien des mots, contre la coutume des Français d'Europe. (…)

 

Les Français ont une grande majorité dans la Chambre d'Assemblée ; leur nombre étant de 86, tandis que celui des Anglais n’est que de 14. Les discours par conséquent se font presque tous en Français ; car tous les membres anglais entendent cette langue ; tandis que la plupart des membres français n‘ont pas la moindre connaissance de la langue anglaise. (…)

 

Un de mes amis m‘a conté qu‘ayant demandé un jour un ordre à un membre français de l‘assemblée, (j‘ai oublié pourquoi il en avait besoin) celui-ci lui répondit qu‘il ne savait pas écrire. Eh bien, lui dit mon ami, je l‘écrirai et vous ferez votre marque. Ah ! mon Dieu, répliqua le législateur, cela ne suffira pas.

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# 5690             9 décembre 2020

Un accident de voiture à cheval

Dans son édition du 3 janvier 1818, le journal L’Aurore publie une lettre d’un témoin d’accident de voiture.

 

« M. L‘Éditeur,

Je crois pouvoir user la voie d‘un papier public pour réclamer contre un abus public. Il y a des règlements de police qui défendent de courir à cheval ou en voiture dans les rues de la ville et des faubourgs ; cependant on voit tous les jours des têtes chaudes qui croient que la possession ou le louage d‘une calèche ou d’une carriole leur donne le droit d‘estropier et même de tuer qui bon leur semble.

 

J‘ai moi-même pensé être la victime de l'étourderie d‘un de ces écervelés. Malheureusement je n‘avais dans le moment ni fouet ni canne pour châtier le lourdaud aussi exemplairement qu'il le méritait. Puisque j‘en suis sur ce sujet, il faut que je dise un mot d‘un fait dont il me semble qu‘aucune de nos gazettes n‘a parlé, quoiqu’il valut la peine qu‘on en fit mention.

 

Ce silence m'aurait fait douter de la réalité de l‘accident, si je ne l‘avais entendu raconter à plusieurs personnes dignes de foi.

 

Il y a quinze jours ou trois semaines, une femme a été tuée raide par le choc d‘une voiture dans le faubourg de Québec. On ajoute que cette femme était enceinte. Cependant je n‘ai pas entendu dire qu‘on ait fait la moindre perquisition ni la moindre démarche pour découvrir l‘'homicide.

 

Cette indifférence me parait impardonnable. Pourquoi n‘a-t-on pas cherché à découvrir le coupable pour l‘arrêter ? Serait-ce parce que la personne qui a été tuée était trop pauvre pour mériter qu‘on troublât l‘auteur de sa mort. Assurément ce ne peut être la raison pourquoi on ne l‘inquiète point. La véritable raison me semble être l‘apathie pour tout ce qui ne nous touche pas immédiatement, vice qui est peut-être plus commun dans ce pays que dans tout autre.

 

La femme dont il est question n‘a en apparence aucun parent qui puisse faire les démarches nécessaires pour que sa mort soit vengée, et par conséquent il faut qu’elle reste impunie.

(Signé) Un citoyen. »

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# 5665             24 novembre 2020

Délation payante ?

Dans son édition du 30 avril 1808, le journal Le Canadien raconte l’histoire de trois frères qui ont voulu faciliter la vie de leur mère.

 

« Une femme était restée veuve avec trois garçons et ne subsistait que de leur travail. Ces jeunes gens n’ayant pas été élevés pour ce genre de vie gagnaient à peine l’absolu nécessaire et gémissaient surtout de ne pouvoir procurer à leur mère un état plus heureux.

 

On avait depuis peu publié que quiconque saisirait un voleur et l’amènerait au magistrat toucherait une somme fort considérable. Les trois frères, que la pauvreté de leur mère affectait mille fois plus que leur propre indigence, prirent unanimement une résolution aussi étrange qu’héroïque.

 

Ils conviennent qu’un des trois passera pour voleur et que les deux autres le dénonceront au juge. Ils tirent au sort pour savoir qui sera la victime de l’amour filial et le sort tombe sur le plus jeune qui se laisse lier et conduire comme un criminel. Il subit l’interrogatoire et déclare qu’il a volé.

 

Alors, on l’envoie en prison et ses frères touchent la somme promise ; mais avant de retourner chez eux, ils trouvèrent un moyen d’entrer dans la prison, voulant du moins dire un dernier adieu à leur malheureux frère. Là, croyant n’être vus de personne, ils se jetèrent dans les bras du prisonnier et, par leurs larmes et leurs sanglots et les plus tendres embrassements, lui témoignèrent l’excès d’affection et de douleur dont ils étaient pénétrés.

 

Le magistrat qui par hasard était dans un lieu duquel il pouvait les apercevoir fut extrêmement surpris de voir un criminel recevoir des preuves d’amitié si vives de la part même de ceux qui l’avaient livré à la justice. Il donna ordre à un de ses gens de suivre les deux délateurs et de les épier avec soin.

 

Le domestique obéit et rapporta à son maître qu’ayant suivi les deux frères, il était entré après eux dans leur maison et s’était arrêté à la porte de la chambre de leur mère, d’où il avait pu facilement les entendre. Qu’en entrant, le premier soin des deux jeunes gens avait été de donner à leur mère l’argent qu’ils avaient reçu pour prix de leur délation ; que cette femme étonnée avait témoigné beaucoup plus d’inquiétude que de joie à la vue d’une somme si considérable ; qu’elle les avait vivement questionnés sur la manière dont ils l’avaient acquise et sur l’absence de leur troisième frère ; que les infortunés n’avaient pu d’abord lui répondre que par des pleurs ; mais qu’enfin menacés de la malédiction d’une mère si chère, ils avaient tout avoué ; qu’à cet affreux récit, la malheureuse femme pénétrée de reconnaissance, de terreur et d’admiration, s’était abandonnée aux plus violents transports du désespoir le mieux fondé ; qu’elle s’était élancée pour sortir, avec l’intention de venir tout déclarer au magistrat, mais que retenue par ses cruels et généreux enfants, tous deux précipités à ses genoux, les accablant de reproches, et les baignant de larmes, ressentant à la fois tout ce que la colère, la douleur et la tendresse peuvent faire éprouver de plus impétueux et de plus passionné, elle n’avait pu résister à de si terribles agitations, et qu’elle était tombée sans connaissance entre leur bras.

 

Après ce récit, le juge se rendit à la prison du troisième frère et l’interrogea de nouveau ; mais le jeune homme persista et rien ne put l’engager à se rétracter. Alors le magistrat lui dit qu’il n’avait voulu que connaître à quel excès d’héroïsme la piété filiale pouvait élever un cœur vertueux et lui déclara qu’il était instruit de tous les détails de son histoire.

 

Le juge alla ensuite faire rapport de cette aventure au cubo-sama, ou souverain ; et ce prince, frappé d’une action si héroïque, voulut voir les trois frères et l’heureuse mère de ses vertueux enfants. Il les combla d’éloges et de marques de distinction, assigna au plus jeune 1500 écus de rente et 500 à chacun des deux frères. » (Histoire du Japon, par le P. de Charlevoix)

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# 5635             6 novembre 2020

Tragédie évitée à Trois-Pistoles

Dans son édition du 5 janvier 1842, le journal Le Canadien publie une lettre d’un témoin qui raconte un événement mémorable qui s’est passé à Trois-Pistoles quelques jours auparavant :

 

« M. l’Éditeur,

Si vous trouvez à propos de mettre devant le Public la communication suivante, vous voudrez bien l’insérer dans une de vos feuilles.

 

La paroisse des Trois-Pistoles se rappellera longtemps le 23 de décembre 1841 où une catastrophe bien triste faillit plonger dans le deuil un grand nombre de familles. Quelques jours auparavant, il était tombé, pour me servir de l’expression canadienne, une forte bordée de neige qui suivie d’un grand froid avait formé plusieurs banquises de glace que le vent et le courant faisaient mouvoir çà et là sur le fleuve.

 

La nuit du 21, la densité du froid et le vent nord forcèrent les banquises à s’arrêter sur le rivage sud du fleuve jusqu’à une étendue en profondeur de pas moins 5 à 6 milles, c.-à-d. jusqu’en plein canal. Plusieurs de vos lecteurs savent probablement que l’espèce de poisson appelé loup-marin aiment aussi eux à faire une promenade sur la surface des eaux, l’hiver leur en fournit l’occasion. Aussitôt que la glace est assez forte, on les voit se promener par groupes au gré du courant et du vent. Il arrive souvent dans ces circonstances qu’imprudents nautoniers ils perdent les moyens sûrs de débarquement et tombent ainsi entre les mains d’ennemis qui aiment leurs dépouilles et en tirent un assez bon parti.

 

C’est dans une de ces circonstances que 50 personnes faillirent perdre la vie. La veille de ce jour de frayeur il avait été tué et sauvé environ 150 loups-marins; le lendemain 23, de nouvelles banquises amenées par le vent du nord offrirent de nouvelles proies ; chacun s’empressa d’en avoir sa part. Plus de 100 personnes se dispersèrent sur la glace assommant à coups de bâton les loups-marins qui y étaient par centaines. Les banquises du large paraissant bien jointes avec celles de la terre, et la glace étant assez forte pour les piétons, on crut qu’il n’y avait pas de danger à courir, et dans cette idée chacun ne pensait qu’à tuer à qui mieux mieux ; mais sur les 10 heures du matin le vent souffla du sud ; dans un instant, la glace se sépara en plusieurs banquises, les personnes près de la séparation s’en aperçurent assez à temps pour sauter sur la banquise de terre, quelques-uns ne le firent que par le moyen d ’une traine qui leur servit de pont flottant.

 

Mais il en restait encore 50 qui ne s’aperçurent du danger que lorsqu’il n’y avait plus de moyen de franchir l’espace entre les différentes banquises. II n’est pas nécessaire, M. l’Éditeur, de vous peindre les angoisses, les inquiétudes, que ces pauvres malheureux sentirent à la vue du danger qu’ils couraient. Nous qui étions à terre et qui au moyen de longues-vues pouvions considérer un spectacle si effrayant, pouvions nous figurer la terreur qui régnait parmi eux.

 

Inutile de dire que nous ne demeurions pas spectateurs oisifs d’un tel désastre, chacun de chercher les moyens de porter secours à ces pauvres gens, mais comment ? Les plus capables de partir en pareil cas étaient du nombre des malheureux. Point d’autres embarcations que des chaloupes de pilotes, et la glace était trop faible pour en supporter le poids, et d’ailleurs il fallait franchir un espace de pas moins de deux milles pour arriver à l’eau. Le vent augmentait et la nuit approchait ; vous pouvez imaginer, M. l’Éditeur, vous et vos lecteurs, quel martyr durent souffrir ces malheureux lorsque voyant la brune approcher, aucune embarcation n’allait à leur secours ; nous les voyions courir çà et là, se rassembler par groupe vis-à-vis l’église, se mettre à genoux, élever les mains au Ciel pour demander assistance.

 

Ce ne fut que vers les 4 heures de l’après-midi que nous pûmes nous procurer une légère embarcation qui pouvait porter tout au plus 7 à 8 personnes, elle est promptement trainée sur la glace, mise à l’eau, elle vole conduite par deux jeunes gens actifs vers le lieu du désastre. Arrivée au groupe rassemblé c’est à qui s’y jettera ; peu s’en fallut que par imprudence, (bien pardonnable en pareil cas) ces malheureux ne perdissent tout moyen de salut ; heureusement que quelques personnes de sang-froid modérèrent l’empressement des autres, sans quoi c’était fini de tous. Le calme rétabli parmi ces malheureux, il faut prendre charge, mais qui embarqueront les premiers ?

 

C’est alors, M. l’Éditeur, qu’il se fit un trait de générosité digne de louange et qui fait honneur aux jeunes gens qui en conçurent l’idée ; que les gens mariés, dirent-ils, embarquent les premiers. Ils ont des familles à soutenir, nous, nous courrons notre chance. Ce trait est d’autant plus généreux que la mer baissait et que la banquise sur laquelle ils étaient descendait en gagnant le large avec, suivant leur expression, la vitesse d’un cheval au trot.

 

Cette première charge est donc mise en voie de salut, mais pour cela il fallait traverser à l’aviron un espace de pas moins 20 arpents, ce qui formait 40 arpents au moins pour aller et venir. Pendant le trajet la banquise descendait, et la noirceur augmentait, si bien que les conducteurs de l’embarcation ayant dirigé leur route à peu près vers l’endroit où ils avaient pris la première charge ne virent plus de glace ; quelle route prendre ? Ils font force de rame, tournent en tout sens, enfin le sort veut ou plutôt la Providence, qu’ils se dirigent du bon côté, il était temps, car la banquise allait dédoubler un petit rocher appelé Rassade et c’en était fait de 40 et quelques personnes. La providence voulut donc qu’aucun ne périt, ils furent tous mis en sûreté sur la Rassade, d’où ils purent gagner la terre vers les 10 heures du soir.

 

Tous ceux qui comme moi ont été témoins de cette scène ne peuvent s’empêcher d’attribuer le salut de tant de personnes qu’à un miracle. Le danger paraissait si imminent que M. le Curé de la paroisse après s’être consulté avec Messieurs les Curés voisins qui se trouvaient chez lui, crut devoir exercer une des fonctions les plus sacrées de son ministère, tant il était difficile de croire que tous pussent échapper à la mort. (On peut penser au sacrement d’extrême-onction qui pouvait être donné, dans ce cas, sans la présence de la personne.)

 

Avant de terminer cette communication, il n’est pas hors de propos de mentionner le courage déployé par un jeune homme de 20 ans du nom de Louis Sirois. Ce jeune homme avait failli se noyer la matinée du jour fatal, la glace ayant défoncé sous ses pieds. Cet accident l’avait obligé de retourner à la maison paternelle à pas moins de trois milles du lieu de la triste catastrophe.

 

Eh ! bien ce jeune homme après avoir changé de vêtements, voyant le danger que couraient plusieurs de ses coparoissiens, se rendit en grande hâte au lieu du désastre, et ce fut lui qui avec un autre jeune homme du nom de Louis Rioux, conduisit la petite embarcation qui sauva la vie à ses frères. Ce fut lui encore qui tout épuisé qu’il devait être, nous apporta la première nouvelle que tous étaient sauvés. Honneur et louange à ces deux jeunes gens et gloire à notre Canada qui peut se glorifier de plusieurs traits semblables de dévouement et de courage.

 

Vous voyez, M. l’Éditeur, que j’ai raison de dire que le 23 de décembre sera un jour mémorable pour la paroisse des Trois-Pistoles. Aussi en mémoire de l’événement arrivé ce jour, quelques citoyens se proposent d’ériger l’été prochain sur la petite Rassade située à environ 3 milles de la terre ferme, une croix qui en rappellera le souvenir. Nos neveux et les marins apprendront que ce petit îlot qui n’est qu’un rocher pelé et qui semble inutile, a sauvé la vie à plus de 40 personnes à la fois. Ils apprendront à bénir le créateur dans tous les ouvrages de ses mains.

(Signé) Un témoin oculaire.

 

P. S. Si ce n’eut été de l’accident plus haut mentionné, plus de 400 loups-marins d’une grosseur énorme auraient été amenés à terre ce jour-là qui sont demeurés morts sur les banquises où ils avaient été assommés. Au dire des connaisseurs, cette tuerie avec celle de la veille dont j’ai parlé, aurait procuré à notre paroisse un profit net de pas moins de mille louis. L’occasion se présente ici de dire que des personnes entreprenantes pourraient avec un peu d’industrie faire aux environs de notre Isle aux Basques, en été, une pêche copieuse de ces loups marins. Je ne craindrais pas de dire qu’ils compenseraient leurs frais en peu de temps. Les personnes étrangères qui visitent les Trois-Pistoles en été, peuvent témoigner de la vérité de ce fait. »

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# 5610             21 octobre 2020

Au presbytère

Le Canadien, un journal de Québec, dans son édition du 25 mars 1839, rapporte un événement tragique.

 

« On nous transmet de Cervionne (Corse) le fait suivant que nous offrons à la curiosité de nos lecteurs :

 

Pendant une des nuits du mois de janvier, un individu frappe à coups redoublés à la porte du presbytère ; le curé refuse d’ouvrir, craignant une trahison ; mais il se laisse enfin persuader par les supplications d’un homme qui le presse de venir porter les derniers secours de la religion à un agonisant dont la demeure est peu éloignée.

 

À peine le curé a-t-il ouvert sa porte, qu'il est saisi vigoureusement par un brigand masqué et armé d'un pistolet, qui l’oblige à le conduire dans l'église. Là, le brigand se fait remettre tous les vases sacrés et autres ornements. Pour les emporter plus facilement, il veut les réunir en un seul paquet ; il pose son pistolet et se hâte de saisir les objets ; mais le curé, profitant de cette circonstance, s’empare du pistolet, brûle la cervelle du brigand et court appeler du secours ; on vient, on arrache le masque du voleur et l’on reconnaît le maire du village. »

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# 5595             12 octobre 2020

Lettre d’un suicidé

Le Courrier de Québec, dans son édition du 30 novembre 1808, raconte l’histoire d’un Irlandais d’origine : 

Un pauvre homme, natif d'Irlande, ayant eu quelques différends avec sa femme, se jeta ces jours passés dans une rivière où il se laissa noyer. Ce qui suit est une relation curieuse et circonstanciée de sa mort, écrite par lui-même et trouvée dans sa chambre.

 

« Comme je sais que le peuple qui trouvera ma carcasse, désirera avoir quelques connaissances de la cause de ma mort, je vais lui donner, là-dessus, toute la satisfaction possible.

 

Connaissant entièrement le sujet depuis le commencement jusqu’à la fin et plus encore, le malheur que j'ai eu d’épouser une méchante femme, qui n’eut jamais de plus grand plaisir que celui de me quereller et de me forcer par là à laisser la vie. Il se pourrait faire qu’on rapportât (le monde est si porté au mensonge) que je suis mort par accident : mais c’est une erreur, car je me suis moi-même jeté à l’eau et m'y suis ainsi laissé mourir.

 

D'ailleurs, comme ce qui me reste est fort peu de chose, j’espère qu’il ne sera point le sujet des querelles et des contestations. Je donne ce qu’on trouvera dans ma bourse à Betsey Mckenzie. Ma femme dit que j'ai eu un commerce illicite avec elle, mais c’est un vrai mensonge de sa fabrique, et si je vivais, je lui dirais nettement et à sa face.

 

Quant à ma femme, elle ne s’est que trop bien servi de mon bien. Ainsi mon intention est qu’on ne lui donne plus rien ; c'était une assez forte charge pour moi que de l’entretenir pendant ma vie, sans qu'il faille songer à elle après ma mort.

 

Je pardonne à tout le monde, ma femme exceptée. Je ne puis savoir positivement où j’irai, mais je suis assez tranquille là-dessus, ayant adroitement extorqué une absolution, aujourd'hui, sans que le prêtre qui me l’a donnée sût alors ce qui m'était entré dans la tête.

 

L'indifférence et la bonté ont été les deux guides de mes actions. J'aurais cependant (et je ne m’en cache pas) heurté l’homme le plus nerveux qui eût osé dire autre chose ; mais actuellement, je suis mort, et il est libre à ceux qui vivent de parler de moi comme bon leur semblera. Le Diable pourtant les récompensera de leurs peines.

 

Je meurs ami des hommes. Je souhaite du bien à tous ceux qui ont eu quelques égards pour moi, et l’endroit où je serai inhumé ne m'importe pas plus qu'une pipe de tabac. J'étais partagé entre le dessein de me pendre et celui de me noyer. J'ai pris enfin ce dernier parti. Observant qu’il n’est pas si usité que l’autre ; car on pend les voleurs, les hérétiques, les meurtriers, mais on les noie jamais.

 

Je meurs ainsi, âgé de 38 ans, sans désespoir, murmure, ni plainte, enfin comme un homme, et de mon propre et libre choix et détermination, avec pleine assurance d’aller au Ciel où je me dispose à rire, à gorge déployée, et de ma femme et du Diable. »

 

Quelle singularité ? quel sang froid ! quel mélange de grandeur et de petitesse, de force et de faiblesse, de perception et de démence. (Fin du texte cité)

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# 5570             27 septembre 2020

Le choléra à Québec en 1832

Dans Charles Guérin, roman de mœurs canadiennes, Pierre-Joseph-Olivier Chauveau indique que le choléra a gagné la ville de Québec le 9 juin 1832. Il décrit les ravages que ce fléau y a produits. En annexe, il indique que le nombre de décès imputé à cette épidémie fut de 3300 alors que la population de la ville était d’environ 30 000 habitants, ce qui correspond à environ 11 % de la population.

 

Pierre-Joseph-Olivier Chauveau est né à Charlesbourg (Québec) le 30 mai 1820. À neuf ans, il entre au Petit Séminaire de Québec où il fait ses études classiques. Il devient avocat. Il est le 1er premier ministre du Québec en 1867.

 

En annexe de son livre, Chauveau écrit : « Ceux qui n'ont vu à Québec que les dernières invasions du choléra auront peut-être quelque peine à croire à la description que nous avons faite de ses ravages en 1832. »

 

Voici ce que Chauveau écrit dans son livre concernant ce qui se passe cette année là :

 

« Le choléra sévissait à Québec avec une rage inouïe. Bien loin d'avoir été préservée, comme on l'espérait, cette ville souffrait de l'épidémie dans des proportions bien plus grandes que toutes les autres villes de l'Amérique. (…) De cent à cent cinquante victimes succombaient chaque jour. Prêtres et médecins ne pouvaient suffire à remplir leur ministère. Les émigrés et les pauvres gens tombaient frappés dans les rues et on les conduisait aux hôpitaux entassés dans des charrettes où ils se débattaient dans des convulsions effrayantes. Les corbillards ne suffisaient plus pour conduire les morts à leur dernière demeure.

 

De longues files de charrettes chargées chacune d'elles de plusieurs cercueils se croisaient dans toutes les directions. Les décès des gens riches et considérables étaient devenus si fréquents, que les glas funèbres tintaient continuellement à toutes les églises. L'autorité défendit de sonner les cloches, et leur silence, plus éloquent que leurs sons lugubres, augmenta la terreur au lieu de la diminuer.

 

Toutes les affaires étaient interrompues, les rues et les places publiques étaient vides de tout ce qui avait coutume de les animer, presque toutes les boutiques étaient fermées : la mort seule semblait avoir droit de bourgeoisie dans la cité maudite ; on ne rencontrait partout que des gens portant la livrée de cet horrible tyran. L'autorité épuisait dans son impuissance tous les caprices de son imagination. Un jour, vous sentiez partout l'odeur âcre et nauséabonde du chlorure de chaux, le lendemain on faisait brûler du goudron dans toutes les rues. De petites casseroles posées de distances en distances sur des réchauds, le long des trottoirs, laissaient échapper une flamme rouge et une fumée épaisse.

 

Le soir, tous ces petits feux avaient une apparence sinistre et presque infernale. Quelques officiers qui avaient été dans l'Inde, s'avisèrent de raconter qu'après une grande bataille le fléau avait cessé et que l'on attribuait sa disparition aux commotions que les décharges d'artillerie avaient fait éprouver à l'atmosphère. De suite on traîna dans les rues des canons, et toute la journée on entendit retentir les lourdes volées d'artillerie, comme s'il se fut agi de dompter une insurrection.

 

Et avec toutes ces précautions, le mal redoublait d'intensité et emportait dans la tombe des familles entières ; il y eut même des rues où il resta à peine un seul être vivant. Les médecins, comme l'autorité, avaient épuisé toutes leurs ressources et fait manger au monstre toute leur pharmacie, qui n’avait fait qu'aiguiser sa faim dévorante. Toutes les théories et tous les systèmes recevaient chaque jour de l'expérience un cruel démenti : le remède qui triomphait un jour était sûr d'éprouver le lendemain une éclatante défaite ; les seules cures qui s'opéraient ne pouvaient guère s'attribuer qu'à la nature, ou à l'intervention directe de la providence ; elles avaient lieu le plus souvent, lorsque le malade rendu à la dernière extrémité était abandonné des médecins.

 

On avait érigé des hôpitaux temporaires, et l'on avait élevé au centre du faubourg St. Jean, sur un terrain vacant, une immense baraque en bois que l'on baptisa du nom d'Hôpital des Émigrés. C'était là que le fléau tenait sa cour plénière et régnait en maître absolu. Ce n'était pas des malades, c'était plutôt des mourants qui allaient se faire enregistrer dans cet hôpital avant de prendre le chemin du cimetière.

 

Tous les lits étaient pleins et une foule de patients étaient étendus par terre, faute de place : rien de plus hideusement saisissant que cette salle où il fallait souvent déplacer un cadavre pour parvenir à un malade. On avait été obligé d'établir tout près de là une boutique de cercueils et le bruit de ce sinistre travail parvenait distinctement à l'oreille des mourants. (…)

 

Les enterrements des cholériques se faisaient régulièrement chaque soir à sept heures pour toute la journée. Les morts de la nuit avaient le privilège de rester vingt-quatre heures ou à-peu-près à leur domicile. Ceux de l'après-midi n'avaient que quelques heures de grâce. On les portait au cimetière à la hâte pour l’enterrement du soir. Tant pis pour eux, s'ils se réveillaient trop tard ! À toutes les heures du jour, les chars funèbres se dirigeaient vers la nécropole ; mais le soir c'était une procession tumultueuse ; une véritable course aux tombeaux, semblable aux danses macabres peintes ou sculptées sur les monuments du moyen âge.

 

Des corbillards de toutes formes, de grossières charrettes, contenant chacune de quatre à six cercueils symétriquement arrangés, se pressaient et s'entreheurtaient confusément dans la grande allée, ou chemin St. Louis. Les Irlandais étaient à-peu-près les seuls à former des convois à la suite des dépouilles de leurs parents ou de leurs amis. Ce peuple est si malheureux, qu'il a toujours festoyé la mort comme une amie, et que nul danger ne peut l'éloigner d'une cérémonie funèbre.

 

C'étaient de longues files de calèches pleines d'hommes, de femmes, et d'enfants entassés les uns sur les autres, comme les morts dans leurs charrettes ; tandis que les cercueils des canadiens se rendaient seuls ou presque seuls à leur dernière demeure. Au reste, la plupart de ceux qui avaient parcouru ce chemin la veille en spectateurs faisaient eux-mêmes le lendemain les frais d'un semblable spectacle. »

 

Notons que, selon Chauveau, à Québec, une seconde vague de choléra a débuté le 7 juillet 1834 et a fait 2500 morts ; une troisième vague le 2 juillet 1849 avec 1180 morts ; une quatrième vague le 28 août 1851 avec 280 morts ; une cinquième vague le 26 septembre 1852 avec 145 morts.

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# 5545             12 septembre 2020

Disparition mystérieuse

Dans son édition du 14 juin 1888, L’Électeur, un journal de Québec, raconte ce qui est arrivé à un citoyen de Beaumont. Voici le texte :

 

« Depuis quelques jours, la population du village de Beaumont est dans une grande excitation, vu la disparition plus que mystérieuse d'un des citoyens du l’endroit.

 

Voici les faits : En octobre dernier, une assemblée de paroisse eut lieu à Beaumont, un dimanche, et devint très tumultueuse, à tel point que l’on en vint à des voies de fait, et durant la bagarre un homme fut violemment frappé à la base du crâne.

 

Cet homme, qui a nom Narcisse Turgeon, est celui dont on déplore aujourd'hui la disparition. La bagarre dont nous venons de parler a eu pour cause première le fait que M. Turgeon aurait exprimé des opinions qui n’étaient pas partagées par la majorité des paroissiens présents à l’assemblée qui eut lieu à l’issue de la messe.

 

Rendu chez lui, M. Turgeon se plaignit de violentes douleurs à la tête, douleurs qui allèrent toujours en augmentant et il devint gravement malade. Étant quoique peu rétabli, M. Turgeon intenta une action en dommage et obtint jugement pour 100 $ et les frais.

 

Le blessé ne prenant pas de mieux, les docteurs Morin et Ladrière furent mandés et conseillèrent au malade de subir une opération chirurgicale, mais Turgeon refusa de suivre leur avis et continua d’aller de mal en pis, manifestant parfois des symptômes d'aliénation mentale.

 

Dimanche dernier, Turgeon est parti de chez lui, laissant une lettre par laquelle il informait sa famille qu'il allait se noyer. On n’a eu aucune nouvelle de lui depuis et l'on suppose qu’il s’est jeté dans le St-Laurent.

 

M. Turgeon qui est un cultivateur à l’aise est âgé de 45 ans et était considéré comme étant un des meilleurs citoyens de la paroisse. » (Fin du texte cité)

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